HABITER L’INHABITABLE
4es Rencontres Paul Virilio – La Rochelle – France – 3 & 4 avril 2025
Photos © Vincent Larmet, Virginie Segonne, Charles Segonne-Debord, Sophie Virilio.
Olivia Grandville, chorégraphe et directrice du CCN de La Rochelle-Mille Plateaux, sur le plan oblique du Slipway au Musée Maritime (1-3) ; approche par bateau de la base sous-marine de La Rochelle (4) et débat au Musée Maritime (5-7).
La fonction oblique (…) est une culture du corps qui joue sur le déséquilibre, qui considère que l’homme n’est pas statique, mais en mouvement et que le modèle de l’homme, c’est le danseur.
Paul Virilio
La 4e édition des Rencontres Paul Virilio a pour thème « Habiter l’inhabitable ». L’occasion de réunir des personnalités de toutes disciplines : architecture, sciences, navigation, chorégraphie, art visuel, histoire… et de se confronter – entre mise en perspectives d’hier et actualité – à cette notion d’habiter, fondatrice dans l’œuvre et la pensée de Paul Virilio.
LE LIVRET 2025
HABITER L’INHABITABLE
Dans le cadre de ces 4es Rencontres, organisées au Musée Maritime de La Rochelle, les 3 et 4 avril 2025, par l’Atelier Paul Virilio en partenariat avec la Ville de La Rochelle et le CAUE17, le groupe Atelier Paul Virilio a édité un livret Habiter l’inhabitable, issu d’un appel à contributions. Un document distribué gratuitement lors du débat et qui illustre une nouvelle fois l’aspect transversal des échanges auxquels sont conviés des auteur-dessinateurs, des archéologues, des photographes, des physiciens, des anthropologues, des neurochirurgiens, des chorégraphes, des philosophes, des navigatrices, des historiens, des juristes, des enseignants-chercheurs, des éditeurs, des architectes, des réalisateurs…
temps forts
Jeudi 3 avril 2025
– 18h00 : performance dansée de Olivia Grandville – chorégraphe et directrice de Mille Plateaux, CCN de La Rochelle – sur le plan oblique de la rampe du Slipway.
Cette chorégraphie remet en perspective l’intérêt de Paul Virilio pour la danse, son travail avec de nombreux chorégraphes et danseurs. Quelques chorégraphes et non des moindres, comme William Forsythe, Paul Wenninger, Merce Cunningham, Fabrice Lambert, Odile Duboc, Kitsou Dubois, Christian Rizzo… ont été impactés par l’œuvre visuelle ou écrite de Paul Virilio.
Cette expression artistique mise en valeur par la performance de Olivia Grandville de Mille Plateaux, le Centre Chorégraphique National de La Rochelle, possède une double vocation : elle parle de la relation du corps à l’oblique et fait écho à la célèbre exposition du CCI Beaubourg, Bunker Archéologie, du lanceur d’alerte qu’était Paul Virilio.
Vendredi 4 avril 2025
– 9h15-11h15 : Départ du Vieux Port en bateau de Croisières Inter-Îles avec deux historiens à bord (Cristina Baron et Nicolas Faucherre). Visite par voie de mer maritime de la base sous-marine de La Pallice.
– 14h00 à 17h00 : Rencontre-débat, animée par Stéphane Paoli, sur le thème « Habiter l’inhabitable » dans la salle haute du Musée Maritime.
Quelques citations de nos intervenants sur les sujets :
Équilibre et déséquilibre
Kitsou Dubois : « Dès qu’une rigidité s’installe, il n’y a plus d’ouverture. En état d’apesanteur, la question de l’équilibre ne se pose plus mais c’est un habitable nouveau qu’il faut découvrir. Cela nous renvoie sur terre avec un autre imaginaire. »
Olivia Grandville : « La marche est une chute. Il faut accepter de chuter pour avancer. La stabilité, c’est la mort. Tout le trajet de l’humanité, c’est risquer l’accident. «
Isabelle Joschke : « La principe de la navigation, c’est d’être en déséquilibre. Sur un bateau, on dit qu’on vit penchés. Le corps recherche l’équilibre même quand il dort. »
Le vide et l’inhabitable
Achille Stocchi : « En mécanique quantique, une particule est toujours prête à interagir avec une autre. Le vide n’est jamais vide, il est bouillonnant. Il n’est pas inhabitable. «
Hala Wardé : « Je plaide pour la nécessité du vide en architecture. Ce sont peut-être les seuls espaces habitables, des espaces de respiration qui deviennent des espaces de rencontres. Faire de la place au vide est nécessaire pour habiter, respirer. »
La guerre et l’inhabitable
Nicolas Faucherre : « Aujourd’hui l’homme est capable d’anéantir des villes et en même temps il y a un acharnement des hommes à ne pas vouloir partir. Cette donne est nouvelle parce qu’on ne reconstruit plus les villes détruites. »
Stéphane Vélut : « Tous les sites, les villes, les eaux, la stratosphère sont des lieux de conflit. Il n’y a plus de géographie de la guerre. A l’échelon collectif, on a définitivement renoncé au rationnel. L’humanité va se trouver sous le joug total de l’affect. »
Achille Stocchi, physicien :
– Les avancées scientifiques et technologiques permettent de comprendre le vide à des dimensions qui ne peuvent pas être saisies par nos sens. Lorsqu’on explore l’infiniment petit, on explore le vide et on voit qu’il est tout sauf vide. Le vide est peuplé de particules, il est plein d’interactions, il bouillonne.
– Aujourd’hui en mesurant le vide, les physiciens donnent des fondements à des intuitions. Leur rôle est d’apporter de nouvelles théories, des concepts utiles à la réflexion philosophique.
Michel Cassé, astrophysicien :
– Le vide n’est pas identifiable au néant. C’est un « écarteur d’espace », c’est lui qui met en branle l’expansion de l’univers, c’est le père de la lumière.
– Le vide n’est pas un objet mystérieux. On peut mesurer ses effets.
Enki Bilal, auteur – dessinateur :
– Le concept de la feuille blanche, de l’imaginaire, c’est une forme de vide. On y trace des liens qui fabriquent des figures géométriques.
Roberto Casati, philosophe :
– La notion de vide dépend du contexte et de l’usager. Il existe une diversité du vide. Ce peut-être par exemple une impossibilité de mouvement lorsqu’on est confronté à une limite.
Emanuele Coccia, philosophe :
– J’ai l’obsession de l’accident. Le Musée de l’accident, c’est l’espace où ce qui arrive redessine le passé, le présent et le futur.
les intervenants



Kitsou Dubois, chorégraphe et directrice de la compagnie Ki Productions. Après un premier séjour à la NASA puis une vingtaine de vols paraboliques avec le CNES, elle s’empare du «phénomène» de l’apesanteur pour construire une écriture chorégraphique singulière et explorer la poétique d’un milieu où tous les repères sont bouleversés.
Nicolas Faucherre, professeur d’histoire de l’Art, archéologue et historien spécialiste des fortifications. Il a dirigé plusieurs missions archéologiques sur des forteresses du Proche-Orient, en Inde, en Iran et en Turquie. Il est l’auteur d’une centaine d’ouvrages, d’articles scientifiques et de vulgarisation.
Olivia Grandville, danseuse et chorégraphe. Formée à l’Opéra de Paris, elle s’oriente très vite vers la danse contemporaine. En 2022, elle prend la direction de Mille Plateaux, le Centre Chorégraphique National de La Rochelle. La chorégraphe y insuffle son goût pour le polymorphisme de la danse, à l’image de son parcours.
Isabelle Joschke, navigatrice. Elle devient skipper à 25 ans et évolue dans les circuits Figaro, Class40 et depuis 2017 sur Imoca. Elle a participé aux Vendée Globe 2020 et 2024.
En parallèle de sa carrière sportive, elle est aussi la fondatrice de l’association « Horizon Mixité » qui a pour but de promouvoir la mixité dans tous les domaines de la société.
Stéphane Paoli, journaliste, une des grandes voix de France Inter, il est également le réalisateur du documentaire Paul Virilio, penser la vitesse pour la chaîne ARTE et auteur de plusieurs ouvrages dont Causa (Lattès, 2015) et Ce qui vient (Les Liens qui Libèrent, 2020).
Achille Stocchi, physicien franco-italien. Professeur à l’Université Paris-Saclay, est directeur du Laboratoire de physique des deux infinis Irène Joliot-Curie (IJCLab).
Stéphane Velut, neurochirurgien, professeur agrégé d’anatomie. Hormis ses travaux scientifiques il a publié deux romans et des essais dans la collection Tracts Gallimard.
Hala Wardé, architecte. Elle réalise des projets majeurs dont le Louvre Abu Dhabi ou la Tour Mirabeau à Marseille. Elle travaille également en étroite collaboration avec de nombreux artistes dont Etel Adnan, Giuseppe Penone ou Nan Goldin.
Etaient notamment présents au débat du 4 avril 2025 : Catherine Benguigui, Adjointe au Maire de La Rochelle en charge de la culture ; Anna Maria Spano, Adjointe au Maire de La Rochelle en charge du patrimoine, Marylise Fleuret-Pagnoux, vice-présidente CDA, Patrick Philbert, élu communautaire, Géraldine Gillardeau, chargée du patrimoine service action culturelle, Cristina Baron, directrice du Musée Maritime ; pour le CAUE17 : Pascale Francisco, directrice et Flore Meurisse, chargée de communication et de diffusion culturelle.
Ainsi que de nombreuses personnalités : Helena Brockmeier, historienne d’art CCI Beaubourg, Jacqueline Salmon, photographe, Jean-Christian Fleury, critique d’art, Sandu Hangan, architecte des bâtiments de France, Michel Gallice, architecte-urbaniste, ancien directeur du CAUE17, Alain Debord, architecte ; Florence Lecossois, CD17, Jean-François Marguerite, Drac honoraire, Dominique Royoux, professeur des universités, géographe, Université de Poitiers .
Et les membres de l’Association Atelier Paul Virilio : Hala Wardé, Dominique Larmet, Stéphane Velut, Philippe Lankry, Yves Lamblin, Isabelle Weiland, Kitsou Dubois, Stéphane Paoli, Virginie Segonne, Maria Vlachou, Christian Josckhe, Charles Debord-Segonne, Achille Stocchi, Sophie Virilio, Thomas Billard…
Et bien d’autres personnes, que nous nous excusons de ne pouvoir nommer ici.
Les 4es Rencontres Paul Virilio sont organisées par l’Atelier Paul Virilio dans le cadre du Mois de l’Architecture, de l’Environnement et du Cadre de Vie, en partenariat avec le CAUE 17, la Ville de La Rochelle et ses équipes de la Direction de la Culture et du patrimoine et Musée Maritime de La Rochelle. Avec la participation du Fonds audiovisuel de Recherche et le soutien de la Fondation Cartier pour l’art Contemporain.
ABSTRACT
« THE INHABITING » ON THE FRONT LINE AT THE RENCONTRES DE LA ROCHELLE
Every two years since 2019, even during Covid, the Rencontres Paul Virilio have been held in La Rochelle. The theme of the 2025 edition was “Inhabiting in the Uninhabitable.” It was an opportunity to bring together personalities from all disciplines – architects, neurosurgeons, sailors, choreographers, historians, physicists – and have them reflect on the Inhabiting, this fundamental notion to the work and thought of Paul Virilio. On this occasion, a choreographer danced on the sloping deck of the Maritime Museum’s Slipway, and a sea trip took the speakers and a large audience to the submarine base of La Rochelle.
